Brognon Rollin

Vues de l'exposition au MAC/VAL, Vitry-sur-Seine, 2020. 
Photo Aurélien Mole 

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David Brognon (belgo-luxembourgeois, né en 1978 à Messancy, Belgique) et Stéphanie Rollin (française, née en 1980 à Luxembourg). Le duo artistique Brognon Rollin vit et travaille entre Luxembourg, Paris et Sienne.

Les deux artistes démarrent leur collaboration en 2006, après leur rencontre au MUDAM de Luxembourg. Ensemble, ils développent un travail singulier (installations, sculptures-objets, vidéos, performances, photos), dont l'humain est le matériau principal et la rencontre le moteur. À partir de situations réelles et le plus souvent complexes, ils donnent corps à l'expérience du temps, de la durée ou de l'attente, en prise directe avec la matérialité d'un territoire et de ses limites – en particulier dans le contexte de situations d'enfermement. Attentifs à la marge plutôt qu'au centre, les artistes s'intéressent aux interstices flous où la société cantonne celles et ceux qu'elle marginalise ou invisibilise.

« Notre univers, c'est la périphérie, cet espace-temps qu'on ne veut pas voir ».

Par ses méthodes et ses formes finales, synthétiques et épurées, ce travail s'inscrit dans une généalogie issue de l'art conceptuel, mais se fonde avant tout sur une capacité d'attention et d'empathie exceptionnelle envers les personnes et situations sociales rencontrées. Issue d'un long processus de création entre analyse sociale, recherches et immersion sur le terrain, leur pratique artistique s'appuie sur l'observation, le dialogue et la co-construction avec les personnes concernées. L'exigence de se confronter au plus près du réel, au sein d'un environnement qu'ils abordent en « caméléon », sans jugement préconçu, leur permet de prélever des éléments du quotidien qui échappent au premier regard et de s'atteler à les rendre perceptibles. Leur capacité à diffracter et poétiser le réel, en combinant faits, objets, anecdotes ou éléments symboliques, crée une oeuvre polysémique qui s'imprime dans le regard du spectateur, invité à saisir ce qui gît ou vibre sous l'ordre apparent du visible.

C'est donc au coeur de leur démarche, à la fois conceptuelle, humaine, empathique et poétique que se jouent la spécificité et la cohérence de leur travail.

Dans With Fate will Tear us Apart (2011), les lignes du destin tracées dans les paumes des toxicomanes aux drogues dures illuminent les murs d'un éclat de néon. L'horloge Loneliness, d'une superficie de 8 m², mesure le temps interrompu du prisonnier dans sa cellule. Avec Cosmographia (Île de Gorée) (2015), ils créent une oeuvre déjantée et monumentale qui archive physiquement la réalité contradictoire de l'île, entre prison et évasion : centimètre par centimètre, pendant 6 jours, les 2,4 km du tracé de l'île sont reportés sur du papier ; ces 3 066 feuilles sont ensuite envoyées par la poste pour être stockées et scellées dans une étagère en acier inoxydable. En 2017, ils réalisent Résilients, une sculpture de 6 mètres de haut, en collaboration avec les ouvriers de l'usine Caterpillar de Gosselies (Belgique), au cours des derniers mois précédant la fermeture du site par le constructeur américain. Une oeuvre qui est le vestige d'un immense savoir-faire et qui témoigne de la violence psychologique qu'a entraînée la fermeture d'une usine pour les 2500 personnes concernées et pour une région durement touchée. À l'occasion de la Biennale d'art contemporain de Melle, avec l'oeuvre Until Then (Saint Savinien) (2018), ils ont invité une « line sitter » new-yorkaise à attendre, dans une église du XIe siècle, le décès d'un patient par euthanasie. Une performance qui a duré 26 jours. En 2020, à l'occasion de leur première exposition monographique dans un musée, au MAC VAL, Musée d'art contemporain de Vitry-sur-Seine, intitulée L'avant-dernière version de la réalité, ils présentent 24h Silence (157 min/1 440 min), un juke-box contenant 80 disques 45 tours. Sur chaque face est gravée une minute de silence observée quelque part dans le monde à la suite d'une tragédie : un attentat terroriste, le décès d'une personnalité, une catastrophe naturelle, une fusillade de masse…

Leurs travaux font partie de plusieurs collections publiques :

Le Centre Pompidou, Musée National d'Art Moderne, Paris, France / MUCEM, Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, Marseille, France / Musée d'Histoire et d'Art de Genève, Suisse / The Israël Museum - Jérusalem, Israël / MAC VAL, Musée d'art contemporain de Vitry-sur-Seine, France / Collection MUDAM, Luxembourg / BPS22 - Musée D'Art de la Province du Hainaut, Belgique / CNAP, Centre National des Arts Plastiques, France / MAC'S - Grand-Hornu, Belgique / FRAC Ile-de France, FRAC Alsace, FRAC Poitou-Charentes FRAC Grand Large et FRAC Lorraine, France.

À l'issue de la délibération du Comité de sélection de l'ADIAF, quatre artistes sont nommés pour la 26e édition du Prix Marcel Duchamp. Il s'agit de Joël Andrianomearisoa, de Brognon Rollin, de Laura Henno et de Josèfa Ntjam. Leur nomination donnera lieu à une exposition au Musée d'Art Moderne de Paris, sous le commissariat d'Odile Burluraux du MAM et de Nicolas Liucci-Goutnikov du Centre Pompidou. L'annonce du lauréat aura lieu le jeudi 22 octobre 2026.

 

 

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